Damas, ton univers impitoyable

30 août 2009

A l’école, c’est là qu’on rigole

Classé dans : Uncategorized — daamas @ 1:37

Un mois à l’université, ça vous tue un blog. Déjà pas très actif, certes.

Le sujet de conversation préféré des étrangers à Damas, c’est l’apprentissage de l’Arabe. Dialecte ou moderne, vieille ville ou quelque chose de plus classe, cours privés ou fac, ah ouais quel niveau ah pas mal tu te débrouilles bien… ouais non moi c’est mieux ouaais.

Bref ayant suivi quatre mois de cours particuliers, fallait bien que j’essaie la fac. C’est pas non plus comme si ça m’était jamais arrivé de porter des pantalons faits en sacs monoprix et des colliers de bois, j’y avais tout à fait ma place.

La fac donc, c’est de l’Arabe moderne, avec des voyelles partout, des sons qui n’existeraient pas si le monde était parfait et une quantité de grammaire indécente. Entre les lettres malades, celles qui vont déjà mieux et les autres qui sont chiantes tous les vingt-huit jours, la moindre petite figure de style grammaticale a un nom, en arabe bien sur sinon ce sera pas marrant. La fac à Damas donc, c’est le mal.

Mais comme partout, c’est aussi les bandes qui se forment, on comprend vite qu’on est plus fort avec ses potes, les pauses cigarettes, café dégueu et  mais putain elle est trop conne la prof quoi… Mais comme nulle part, c’est aussi les étrangers qui cherchent désespérément des échanges de langues et les étrangères qui rejettent désespérément les échanges de langue, mais arrête tu sais même pas d’où je viens j m’en fous vas-y échange.

Puis y aussi les troupeaux d’italiens qui parlent trop fort mais qui rendent l’écoute de l’Arabe bien plus amusante, puis y a aussi les Coréens qui prononcent les r comme des l, les d comme des j, les b comme des a, les lettres qui devraient pas exister comme des lettres qui devraient pas exister mais pas les mêmes, bref merveilleux petit peuple coréen qui offre au monde une raison de se lever le matin.

Enfin, plus terrifiant, la  fac, c’est surtout la jungle, dans le sens où les gens se font manger les uns après les autres. Les couloirs résonnants du rire de jeunes gens plein d’espoir et de bière la première semaine de cours se vident au fil des jours et sont déserts comme le sable à la fin du mois.

La fac oui, il faut oser le dire, c’est des devoirs à n’en plus finir, des exposés, des humiliations publiques, des que pensez vous du système de gouvernement syrien et avez vous déjà tué quelqu’un cachés dans des exercices de grammaire, et des contrôles avec tables séparées pour essayer de franchir le gouffre entre deux niveaux.

Vu que la veille de l’examen j’ai traduit pour un de mes petits camarades égaré « les femmes de plus de mille ans ne peuvent pas avoir d’enfants » (ce qui est vrai) au lieu « Jésus est né il y a plus de mille ans » (ce qui n’est franchement pas très intéressant), j’ai bien peur que ce ne soit pas gagné.

25 juillet 2009

Le retour du Jedi

Classé dans : Uncategorized — daamas @ 11:30

À l’heure où j’écris ces mots, je tremble comme une feuille à l’agonie.

Il y a quelques instants, j’ai reçu un coup de fil d’un numéro que je ne connaissais pas. Normalement j’évite de répondre mais là je révise alors n’importe quelle distraction est la bienvenue.

Oh tellement mal m’en pris.

Bonjour, entendis-je, je suis un ami de Julia, qui t’a confié son chat il y a quelques mois

Ouii, dis-je, d’une voix peu assurée alors qu’autour de moi les murs s’écroulaient.

Je t’appelle car Julia voudrait avoir de ses nouvelles.

Ayant eu une vie jusqu’alors plutôt paisible, je n’étais pas habituée à ce genre de situations critiques, lors desquelles il faut penser vite, et bien. Il m’a pourtant suffit de quelques secondes pour faire le tour des multiples possibilités qui s’offraient à moi, et pour qu’une, et une seule, me semble envisageable.

Mentir effrontément.

Et bien écoute, tout va très bien, affirmai-je d’un ton bohême. Je n’ai malheureusement plus l’honneur de partager demeure avec lui car j’ai déménagé, mais il vit toujours dans mon ancienne maison, tout le monde est aux petits soins avec lui, bien qu’il ait son caractère ho ho ho.

Ah très bien, répondit celui qu’on appellera désormais Satan pour la clarté du récit. Pourrais-tu m’expliquer où se trouve la maison que j’aille vérifier par moi-même ?

(Chacal)

Au loin on entendait déjà retentir le tonnerre, menaçant.

Ah, c’est pas facile à trouver, dis-je mécaniquement, sans doute par instinct de survie, alors que dans ma tête résonnait de manière interrogative un seul mot :

Pourquoi

Dans ce cas pourrait-on se rencontrer que tu m’emmènes là-bas ?

Mais arrête de jouer avec ta nourriture et achève-moi, créature démoniaque !, me retins-je d’hurler, à bout de nerfs.

Ouais aucun problème, répondis-je plutôt, et ce d’une voix enjouée. Par contre je suis assez prise en ce moment tu sais ce que c’est, la semaine prochaine ça ne t’embête pas ?

Voilà.

J’ai une semaine pour trouver l’enflure qui m’a vendu, lui arracher les yeux et choisir entre cinq alternatives pour sauver ma peau :

  • Retrouver cette ordure de chat

  • Engager une doublure

  • Fabriquer une doublure

  • Partir au Brésil

  • Changer de visage

Je suis terrifiée.

19 juillet 2009

Le Liban en trois mots

Classé dans : Uncategorized — daamas @ 2:48

pas tres sympa

11 juillet 2009

Les 12 travaux d’Astérix

Classé dans : Uncategorized — daamas @ 7:30

Quinze jours après son arrivée en Syrie, l’étranger doit se rendre au bureau de l’immigration afin de valider son visa.

N’importe qui ayant vécu – même pas très longtemps – dans un pays tout pourri, sait d’avance que ce genre de trucs, c’est un piège.

On sait qu’il faut y aller, et pourtant on traîne des pieds, on a un peu mal à la gorge ou l’on cherche un bon club de ping-pong pour pas perdre la main, bref on est bien trop occupé, et on retarde le moment fatidique.

Puis au bout d’un mois et quelques miettes, la peur de la prison ou de l’exécution sommaire aidant, on y va. Entre temps on a entendu des histories terribles sur ce qui se passe là-bas, de la chaleur torride qu’il y fait, de la surpopulation de dessous de bras qui agitent des passeports et des odeurs à ressusciter un petit chat mort, des cris à vous glacer le sang, des hallucinations dont certains ont été victimes, et parfois même de boue ou d’animaux sauvages.

Bref, on est pas rassuré.

Arrivé là-bas, l’étranger pas malin qui n’a pas de plan d’attaque n’a aucune chance. Parce que si on sait pas à l’avance que la troisième planche de la passerelle au dessus de la mare aux requins craque si on pose le pied dessus, ou que le sabre laser pour battre le sorcier du dernier monde est caché dans les branches d’un palmier à l’entrée du premier monde, bah on peut tout simplement pas le raconter parce qu’on est jamais revenu.

Bref donc, après s’être muni d’une trentaine de photocopies de son passeport, l’étranger averti saura qu’il doit acheter un timbre à un passant dans la rue (qu’il reconnaîtra facilement à son sac banane). Timbre qu’il collera sur un formulaire acheté au concierge du bureau de l’immigration.

Après une dernière prière, il est prêt à gravir les trois cent cinquante-sept marches de l’escalier tortueux qui mènent au sommet, afin de se joindre à la masse brandissante de passeports et de formulaires. Il sort alors de la poche de son costume latex anti-flammes* le parchemin dont les précieuses indications lui permettront de franchir les différents mondes, sans jamais se laisser distraire par les âmes charitables qui se proposent d’aider mais, gare !, se transforment en langoustes lanceuses de boules de feu dès que l’on croise leur regard*.

Sage et méfiant comme les plus grands guerriers de ce monde, par exemple les tortues ninjas, l’étranger saura ricaner sous sa cape et sous cape uniquement lorsque le même employé soldat le renverra solennellement voir un troisième général, qui tiendra son passeport à l’envers l’œil aiguisé comme une lame de rasoir et l’air de celui à qui on ne la fait pas, avant d’appliquer un quatrième tampon sur le formulaire du début (qui fait moins le malin du coup). Pourquoi ? Mystère.

Après une trentaine d’allers-retours croisés entre dix-huit bureaux ou chacun y va de sa plume et de son tampon sur le malheureux formulaire, l’étranger est enfin prêt à pousser la porte du général en chef qui, après avoir lu tous les petits mots d’amour, appliquera un ultime tampon et sa signature élance sur le passeport, autorisant ainsi l’étranger dans le pays pour un mois ou deux, selon la position de la lune.

 

* si c’est possible

1 juillet 2009

Téléphone arabe

Classé dans : Uncategorized — daamas @ 11:08

Les Arabes au téléphone, c’est des vraies meufs.

 

Une demi-heure pour dire bonjour, une demi-heure pour dire au revoir, cinq minutes de conversation.

L’Arabe au téléphone ne dit pas « Salut ça va, ça va et toi, ouais super, écoute je t’appelle parce que… »

Non non non.

L’Arabe au téléphone dit « Salut ça va ? ça va super et toi ? ça va ça va… Et la santé, ça va ? ça va, ça va… Et la famille, ça va ? ouais super, ça va… Et ta mère, ça va ? ouais ça va… Et sinon ça va ? ouais tranquille… et toi quoi de neuf ? oh ça va ça va… Tout va bien ? »

(Et là  – quand ça fait  quand même vingt-cinq minutes que ça dure – jamais y en a un qui répond, pour rigoler au moins, « Ouais non bof en fait ». Pff, aucun sens de l’humour ces gens là.)

Bref, ça ressemble aux jeux d’adolescents alcoolisés* qui font des suites de marques de bières, et le premier qui en trouve plus a perdu. Ah noon tu m’as eu avec « et ton chat, ça va ?», ahh ouais non non, c’était bien joué…

Enfin. Une fois qu’on est sûr et certain que tout, vraiment tout, va bien, on entame les cinq minutes de conversation (pas plus parce que là, ils sont épuisés, forcément) :

« Non, j’ai pas la nouvelle chanson de Shakira sur mon portable, mais demande à machin c’est sa nouvelle sonnerie ouais je sais moi aussi je suis deg mais il a été rapide comme un lièvre, le chacal, ouais bon tant pis allez salut à plus. »

Non.

Salut à plus, certes, mais ils ont eu le temps de reprendre des forces. Donc c’est reparti pour un tour de câlins téléphoniques,  et vas y que j t’aime non c’est moi qui t’aime, oh tu sens trop bon non mais toi tes cheveux ils sont plus doux, allez c’est toi qui raccroche d’abord non c’est toi, et puis Dieu te kiffe,  et Dieu te garde, et Dieu te sauve ouais toi aussi grave, et tu veux quelque chose non ta santé c’est tout,** bisous bisous oh t’es trop mignon…

Insupportable.

Le pire, le pire, c’est que – sans exagérer cela va de soi– une fois sur trois, comme par hasard, juste quand tu crois qu’enfin ils vont raccrocher et qu’on va pouvoir aller là où on avait rendez-vous y a deux heures, y en a un des deux qui fait Ah en fait je t’ai dit que… Ah c’est cool bon allez salut et…

c’est reparti ça recommence à faire des bébés pendant une demi heure.

N.B. : Evidemment, quand deux Arabes se saluent en chair en os, c’est la même chose mais en dix fois pire. En plus théâtral. Genre avec les gestes, et un peu plus de chanson dans la voix. (À chaque fois que mon ancienne propriétaire recevait à la maison, je me faisais avoir et j’accourais, paniquée, en pensant qu’il y avait le feu ou que quelqu’un s’était coupé en allumant la sobia.***)

 

* Ou post-adolescents. Ou post post. Ou samedi dernier ouais ok.

**Moi pour rigoler un peu,  j’essaie ouais ta voiture ou ouais ton sandwich, mais ça fait rarement sourire qui que ce soit.

*** Pas facile, mais c’est possible.

29 juin 2009

Bonjour, nous sommes à la recherche d’un appartement à louer.

Classé dans : Uncategorized — daamas @ 9:21

À Damas, cette phrase, aux premiers abords si inoffensive, a le pouvoir de faire perdre deux ans d’espérance de vie à celui qui a le malheur de la prononcer.

Avant même d’avoir développé l’objet de la recherche (afin que l’interlocuteur puisse, cartes en main, estimer de sa capacité à proposer quelque chose correspondant à notre demande), chaque poussée de porte d’agence immobilière, chaque ouverture de bouche pour prononcer à contre-cœur la phrase empoisonnée, implique obligatoirement un ou deux cafés et trois ou quatre cigarettes, Si si prends les. Oui mais j’ai déjà bu dix-sept cafés et fumé trois paquets de cigarettes et il est midi. Si, si prends les. Bon d’accord.

On ne refuse pas parce qu’on y croit. Parce que chaque nouvel arrêt, chaque nouveau café, chaque nouvelle cigarette porte l’espoir de la fin de la quête du Graal, l’appartement.

L’appartement parlons-en, doit avoir deux chambres. Pourquoi ? ça te regarde pas. Si, si on est mariés. Mais on se préserve. Non on est pas tout à fait prêts. Et ma mère viendra nous rendre visite quelques mois*. Ah, c’est gentil, mais je crois qu’elle préféra dormir chez moi. Non je ne doute pas que ton appartement soit très accueillant Monsieur l’agent immobilier. D’accord, encore un peu de café.

Bref donc, deux chambres. Comme ça, ça a l’air de rien comme demande. Pas une, pas trois, deux. Un jeu d’enfant. Haha, que tu es naïf étranger.

Oui parce que, on n’est pas regardants, mais, par chambre, on entend chambre à coucher. Et par chambre à coucher, on entend lit. Attention par lit cependant, on n’entend pas fauteuil disséqué à même le sol.

Par ailleurs et tant qu’on y est soyons bien clairs, un rideau de perles au milieu du salon n’est pas une porte. La chambre à coucher réclame la porte. Par contre, la chambre à coucher ne réclame pas le frigo pour table de nuit. Et non, je suis formelle, une cuisine américaine n’est pas une pièce où la gazinière et le lit sont séparés par un bar. Et de toute façon, s’il y a pas de tabourets ça marche pas ta cuisine américaine. Non, non, j’te jure. Attends tu rigoles, tu crois qu’ils seraient maîtres du monde s’ils dormaient dans leur cuisine ? Bon, merci.

Bref, pour faire court, l’appartement, on l’a trouvé. Le plafond fascinerait plus d’un archéologue, les toilettes ont fait office de piscine plusieurs jours et la déco ferait baver d’envie la plus moderne des arrières grands-mères espagnoles, mais on l’a trouvé. Depuis, j’ai des palpitations à longueur de journée, donc faut que je me ménage. Alors ce sera tout.

*On est bien d’accord un couple prêt à accueillir mère et donc belle mère quelques mois dans un deux (trois ?) (du coup je sais plus) pièces, c’est pas crédible en Europe. Ici, ça passe comme sur des roulettes.

23 juin 2009

La bonne idée.

Classé dans : Uncategorized — daamas @ 8:06

Quelque part ailleurs dans ce monde, j’ai un chat. Il s’appelle Jean-François, il est un peu con mais surtout super sympa. Forcément donc, ce chat me manque.

Du coup, quand une étrangère sur le départ m’a demandé d’adopter son chat, j’ai sauté de joie sur l’occasion.

Ce jeune animal n’avait que quelques mois et était, selon elle, la plus adorable des créatures. Un don de Dieu avait-elle ajouté. Certes, cette remarque aurait dû me mettre la puce à l’oreille quant à la normalité de cette jeune fille, et donc à sa capacité à déterminer l’adorabilité d’un chat. L’euphorie du moment malheureusement, altéra alors mon jugement.

vengeance

La brave bête a répondu au nom de « don de Dieu » pendant 24 heures, et avec le recul c’était déjà trop. Le lendemain, il fut unanimement rebaptisé par moi-même « meurs ».

Entre temps il m’avait violemment mordu le crâne alors que je dormais. On est bien d’accord c’est ridicule, et méchant.

Bref, la bête mordait, griffait, attaquait en fourbe, réclamait une quantité d’amour, d’attention et de nourriture insensée, et surtout surtout, aurait couvert par ses miaulements continus la bande sonore d’un égorgement de cochons castrats.

Bref bref, la situation est rapidement devenue critique. Pour moi, pour mes colocataires, et surtout pour mes propriétaires, qui, au bout de quelques semaines – et je me demande comment ils ont tenu aussi longtemps – ont déclaré le don de Dieu créature non grata dans la maison.

Après m’avoir assuré que non, le chat ne se ferait pas dévoré par les hyènes (Je ne l’aimais pas mais j’ai un cœur), ils m’ont expliqué que  de toutes façons, c’était ridicule d’avoir un chat domestique dans une ville où il y a plus de chats que de gens dans les rues, même les jours de fêtes.

La mort dans l’âme donc, le chat et moi avons attendu la nuit pour parcourir les rues pas du tout désertes (le plan originel était d’éviter de me faire remarquer alors que je m’apprêtais à commettre une action peu louable*) afin de nous dire adieu.

J’avais les larmes aux yeux (je suis sensible), puis je me suis très vite rendue compte que ma vie était en fait beaucoup plus agréable.

Comme quoi, le bonheur, ça tient à pas grand chose.

 

 

* Qu’on se le tienne pour dit, une étrangère qui se promène dans les rues à deux heures du matin avec un sac qui hurle à la mort et un air de mine de rien, ça ne passe pas inaperçu.

20 juin 2009

Sale Arabe

Classé dans : Uncategorized — daamas @ 1:20

Des drapeaux palestiniens aux aimants pour frigo à l’effigie du chef du Hamas  en passant par les cartes d’une Palestine dont les frontières correspondent étrangement à celles d’un pays que d’autres appellent autrement, les magasins pour touristes de la vieille ville de Damas regorgent de « souvenirs » ne laissant aucun doute sur la position de la Syrie quant au conflit israélo-palestinien.

belle photo

Non, sérieusement et sans conteste, la cause palestinienne est ici cause d’Etat.

Et pourtant, et pourtant…

Et pourtant, lorsque j’ai parlé à mes amis syriens de mon projet de quitter le vieux Damas pour aller m’installer dans un camp de réfugiés palestiniens (intégré a la ville, imaginez donc un quartier plus que du camping sauvage dans la banlieue de Bray-Dunes), leur réaction a été unanime :

« N’iiimporte quoi ».

Entre les sarcasmes sur ma mauvaise préparation au lancer de cailloux aux mises en garde sur ce coin peuplé de voleurs, de voyous et d’extrémistes, j’ai eu le droit à un portrait fort sympathique d’un quartier dans lequel la plupart de ces braves gens n’a jamais mis le moindre pied.

J’ai tenté d’expliquer à l’un d’entre eux, particulièrement coriace, que ce qu’il me décrivait là correspondait assez bien à ce que le Français moyen pensait des Arabes en général. Et que, pour ce même Français moyen, entre lui, le bon chrétien syrien, et l’autre, le sale réfugié palestinien, bah c’est kif kif le bourriquot. Avec un sac-dos dans le métro, ils ont tous les deux la même gueule d’apprenti feu d’artifice.

Alors oui, le soutien de la Syrie aux Palestiniens est inconditionnel, et les presque 500 000 réfugiés palestiniens (on parle des légaux seulement hein) qui vivent dans des camps gérés par l’UNRWA (l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens)  ont, en théorie, les même droits que les citoyens syriens. En pratique… On parlera statistiques une autre fois si vous le voulez bien.

Bref. Donc… bon.

N.B. : Plusieurs agences immobilières dans ce quartier palestinien nous ont fortement déconseillés certains coins du camp, parce qu’ils sont « bourrés de  voleurs, de voyous ou d’extrémistes ».

À chacun ses Arabes, quoi.

15 juin 2009

CQFD.

Classé dans : Uncategorized — daamas @ 3:50

Le taxi, personne ne me contredira, est une merveilleuse invention.

À Damas, ils sont jaunes, comme le soleil.

taxi

Dans les taxis syriens,  le chef de bande s’assoit habituellement à l’avant. La ceinture y est obligatoire, sous peine de grosse amende pour le chauffeur, qui ne manquera donc pas de rappeler à l’ordre l’étourdi. Certains, d’ailleurs, s’y méprennent et s’émeuvent de tant d’attention.

Personnellement, je ne prends que très peu les taxis. Je leur préfère les « services » (minibus), car je me fais un devoir de vivre comme les autres malgré mon appartenance à une race supérieure*.

Les premières rares fois que j’ai enfreint cette règle de vie, j’étais accompagnée d’un personnage de sexe masculin (donc chef de bande par nature). Plus tard, je suis remontée à bord de taxis avec des amies de passage, au nombre de trois. Auquel cas, je m’asseyais à l’avant, pour des raisons qu’il semble inutile d’expliquer, comme par exemple que ce serait bien bête de mettre quatre personnes a l’arrière alors qu’il y a une place à l’avant.

J’étais donc ce qu’on appelle (ou pas) un chef de bande.

Par la suite, j’ai de nouveau fait entorse à mes principes dans des circonstances exceptionnelles, mais cette fois, seule.  Ayant pris goût à mon nouveau statut de chef de bande, j’ai continué à m’asseoir à l’avant, attribuant à mon charme irrésistible l’habitude répétée des chauffeurs de taxis de me demander mon numéro de téléphone, mon amitié ou tout bonnement et d’entrée de jeu si j’étais russe.

Puis un soir, un ami, qui m’avait raccompagnée jusqu’à un taxi s’est étonné de mon choix de portière. Et m’a patiemment expliqué qu’en tant que femelle, je ne serai jamais chef de bande. Et que m’asseoir à l’avant d’un taxi, toujours en tant que femelle, équivalait à écrire « sharmuta » sur mon front.

Contrairement aux apparences, la sharmuta n’est pas une spécialité culinaire locale (quoique**) mais une femme qui gagne sa vie de manière peu catholique.

Ici, la majorité de ces femmes viennent de Russie.

(Il n’y a pas de morale à cette histoire.)

* Non rien en fait

** Pardon

12 juin 2009

Malin.

Classé dans : Uncategorized — daamas @ 12:07

En ce moment chez moi, il y a des travaux.

Je ne m’attarderai pas sur les légers inconvénients que cela peut engendrer, comme les réveils à la perceuse à 7 heures du matin, la cohabitation inévitable et envahissante avec la poussière de gravier ou les regards lubriques des ouvriers, non non, j’en ai vu d’autres.

Je voudrais simplement en profiter pour parler un petit peu de la sobia.

La sobia, contrairement à ce qu’on pourrait penser, n’est pas une sympathique danse traditionnelle.

La sobia, c’est le.. euh le radiateur syrien, pour faire simple. Et ça ressemble à ça :

sobia

Je ne vais pas m’aventurer dans de longues explications hasardeuses sur son fonctionnement car ce serait hasardeux, mais en gros, on tourne un petit boulon qui relâche du mazout dans le machin, on jette une allumette et pouff il fait chaud.

En gros hein*.

La saison des sobias est terminée bien sûr, et ces attachantes créatures ont disparu de la maison. Restent les tuyaux d’évacuation.

Bah oui, ils ont pensé à tout**.

Leur disposition varie selon les goûts, mais reste toujours esthétique :

tuyaux

En cette période de grands travaux, mes propriétaires ont décidé de remplacer les tuyaux de fer qui perforent la maison en joyeuse anarchie par des tuyaux en béton qui passent directement du plafond au toit.

Le but de la manœuvre, étant, j’imagine, d’éviter que des chaînes de tuyaux raccordés au scotch se battent entre les branches et les étages afin rejoindre l’air libre.

Pas bête, après tout.

Ceci dit, vu de l’intérieur des chambres, ça donne ça :

chambre

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on n’arrête pas le progrès.

* En petit, j’essaie encore de comprendre par quel miracle j’ai encore des cheveux.

** Sauf aux jours où le vent souffle dans la direction opposée à la sortie du tuyau. (Même effet que la transformation de la citrouille en carrosse, mais en plus sale)

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