Un mois à l’université, ça vous tue un blog. Déjà pas très actif, certes.
Le sujet de conversation préféré des étrangers à Damas, c’est l’apprentissage de l’Arabe. Dialecte ou moderne, vieille ville ou quelque chose de plus classe, cours privés ou fac, ah ouais quel niveau ah pas mal tu te débrouilles bien… ouais non moi c’est mieux ouaais.
Bref ayant suivi quatre mois de cours particuliers, fallait bien que j’essaie la fac. C’est pas non plus comme si ça m’était jamais arrivé de porter des pantalons faits en sacs monoprix et des colliers de bois, j’y avais tout à fait ma place.
La fac donc, c’est de l’Arabe moderne, avec des voyelles partout, des sons qui n’existeraient pas si le monde était parfait et une quantité de grammaire indécente. Entre les lettres malades, celles qui vont déjà mieux et les autres qui sont chiantes tous les vingt-huit jours, la moindre petite figure de style grammaticale a un nom, en arabe bien sur sinon ce sera pas marrant. La fac à Damas donc, c’est le mal.
Mais comme partout, c’est aussi les bandes qui se forment, on comprend vite qu’on est plus fort avec ses potes, les pauses cigarettes, café dégueu et mais putain elle est trop conne la prof quoi… Mais comme nulle part, c’est aussi les étrangers qui cherchent désespérément des échanges de langues et les étrangères qui rejettent désespérément les échanges de langue, mais arrête tu sais même pas d’où je viens j m’en fous vas-y échange.
Puis y aussi les troupeaux d’italiens qui parlent trop fort mais qui rendent l’écoute de l’Arabe bien plus amusante, puis y a aussi les Coréens qui prononcent les r comme des l, les d comme des j, les b comme des a, les lettres qui devraient pas exister comme des lettres qui devraient pas exister mais pas les mêmes, bref merveilleux petit peuple coréen qui offre au monde une raison de se lever le matin.
Enfin, plus terrifiant, la fac, c’est surtout la jungle, dans le sens où les gens se font manger les uns après les autres. Les couloirs résonnants du rire de jeunes gens plein d’espoir et de bière la première semaine de cours se vident au fil des jours et sont déserts comme le sable à la fin du mois.
La fac oui, il faut oser le dire, c’est des devoirs à n’en plus finir, des exposés, des humiliations publiques, des que pensez vous du système de gouvernement syrien et avez vous déjà tué quelqu’un cachés dans des exercices de grammaire, et des contrôles avec tables séparées pour essayer de franchir le gouffre entre deux niveaux.
Vu que la veille de l’examen j’ai traduit pour un de mes petits camarades égaré « les femmes de plus de mille ans ne peuvent pas avoir d’enfants » (ce qui est vrai) au lieu « Jésus est né il y a plus de mille ans » (ce qui n’est franchement pas très intéressant), j’ai bien peur que ce ne soit pas gagné.






