Damas, ton univers impitoyable

4 mars 2010

Juste un petit service

Filed under: Uncategorized — moi @ 6:52

Le moyen de transport le plus commun à Damas, c’est le service. Le service est un petit bus, ou une grosse voiture, un van même, qui ne coûte pas cher du tout et dans lequel on peut monter ou descendre n’importe où, du moment que c’est sur son trajet. (sinon c’est compliqué, forcement).

Le service s’arrête d’un geste de la main, en indiquant par un mouvement assuré de doigts le nombre de passagers souhaitant voyager. Le mieux, c’est d’être deux afin de faire un geste pour la paix dans le  monde par la même occasion.

Pour savoir par où passe le service, c’est compliqué. Sur le toit, un panneau de couleur indique le point de départ et le terminus du service. Quand on ne lit pas très bien l’arabe qui va vite dans le noir, on arrête les services selon la couleur du panneau, en espérant que ce soit le bon. Une fois qu’il est arrêté, on prend le temps de déchiffrer ce qui est écrit sur le panneau et si ce n’est pas le bon, on fait semblant qu’on a jamais rien demandé voyons, en sifflotant ou en refaisant ses lacets par exemple.

Quand c’est le bon, on monte et on se fait une place sur les banquettes souvent tremblotantes et on paie 10 livres syriennes, ce qui fait environ 15 centimes d’euros, ce qui fait vraiment pas cher effectivement.

Il y a ceci dit, outre la qualité des sièges, un prix à payer pour ce service peu onéreux. En été, celui de l’odeur de bien trop de passagers entassés dans une trop petite voiture – l’expression « sentir le service » est répandue en temps de grosse chaleur – et tout au long de l’année, les goûts musicaux ou coraniques de bien des chauffeurs qui s’expriment souvent à grands renforts de décibels grésillants.

Par ailleurs, il semblerait qu’un pourcentage élevé de chauffeurs de services aient choisi cette profession par dépit, et qu’en fait ils auraient tous vraiment préféré être pilote de formule 1.

Or, les services ne sont que très rarement bâtis pour ce genre d’exercice, et il n’est pas anodin de se demander mais par quel miracle les quatre roues restent sur la route lors de virages pris à une allure peu recommandable, et de régulièrement se prendre des coups de fenêtre, de plafond, ou d’amortisseurs au cours d’un trajet.

Pour descendre du service, il faut crier. La peur ou le soulagement que ce soit enfin terminé aidant, on se fait entendre.

Il y a des manières bien précises de signifier son désir de quitter ce petit morceau de paradis, des expressions définies, par le code de la route j’imagine. Ne voulant pas me faire remarquer, j’utilise tout le temps la même, la plus simple, « A droite s’il te plait ». Mais j’en ai répertorié une dizaine d’autres, des « par tous les Dieux laisse-moi descendre » au « lâche moi là veux-tu » en passant par « je m’arrête au rond point que Dieu te garde », et j’en découvre des nouvelles régulièrement.

Bref, tout cela pour dire que le service est un puits d’apprentissage sans fond.

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